Pour cette considération, l’anathème devrait être singulièrement jeté à l’homosenegalencis, du point de vue de ses manières de pensée, d’agir, de sentir, de se construire, de s’affirmer, de diriger, de se réaliser et la liste n’est pas exhaustive.
Dans cette perspective, j’accuse le Sénégalais de mal socialiser (inculcation et intériorisation des modèles socioculturels) ses enfants, en n’insistant presque plus sur les valeurs cardinales qui régissaient notre société et de tronquer ainsi son « entrée dans toute relation sociale ultérieure ».
Je l’accuse d’avoir accepté, partout dans ce pays, l’institutionnalisation du culte de la médiocrité et de complètement reléguer à la touche les principes de la méritocratie (right men at the right place). C’est en réalité ce même Sénégalais qui dénonce, fustige ou critique, de manière acerbe, certaines pratiques qui sont devenues lois dans ce pays, qui aurait reproduit les mêmes actes dans pareilles circonstances.
J’accuse le Sénégalais de son indifférence total à la solidarité, au partage, principales solutions pour amortir le poids de la crise mondiale sur la société. En effet, combien sont les Sénégalais qui flirtent avec la misère au moment ou des milliards d’Euros ou de Dollars de leurs compatriotes dorment aisément dans des banques étrangères ?
Je l’accuse pour son goût du gaspillage qui est, en fait, une sorte d’expression d’une « revanche sociale » longtemps mûrie et rendue à la société pour se venger de son propre passé malheureux. J’accuse le Sénégalais pour son manque de constance dans tous ses choix (koumou dogal toubay, nguemb lankoy xar), la transhumance, les voltes-face et les trahisons perpétuelles dans le champ politique sénégalais en sont des preuves patentes.
J’accuse le Sénégalais pour son envie effrénée de vouloir escroquer et exploiter son prochain chaque fois que l’occasion se présente. D’ailleurs, partout dans les pays voisins, le ternissant sobriquet d’escroc nous est attribué.
J’accuse le Sénégalais pour sa fausseté dans les relations et sa mesquinerie dans les actes. Son incapacité à dépasser les événements le maintient longtemps à terre et l’empêche de se relever très vite après une chute. Les nombreuses débâcles de l’Equipe nationale de football en sont des illustrations. Sa cohabitation avec les rumeurs lui fait perdre beaucoup de temps et fait qu’il se fourvoie souvent sur beaucoup de questions. Se tromper est un fait qu’il accepte difficilement et laisse apparaître ainsi, un fort handicap du point de vue de son honnêteté intellectuelle.
J’accuse le Sénégalais pour son plaisir ignominieux á vouloir toujours rappeler le passé peu glorieux de personnes qui ont réussi. Ses limites à garder un secret ne sont plus à démontrer ; sa passion de se mêler de choses qui ne le regardent pas est nature chez lui. La notion de ponctualité est un vilain mot qu’il n’a jamais su intériorisé et son intérêt personnel passe toujours avant celui du collectif.
J’accuse le Sénégalais pour son manque d’objectivité dans ses jugements alors que celle-ci doit nous guider en tout et partout. Son allergie à la critique est connue par tous, tandis que l’auto critique est absente de son vocabulaire. Je désigne le Sénégalais coupable pour son silence complice (les universitaires surtout) face à certaines situations difficiles que traverse son peuple et qui nécessitent de dire « non ». Je l’accuse pour sa tendance à appliquer partout, où il est promu responsable, une autorité injuste (associations, partis politiques, Ong, université, presse etc.). Le copinage est une exigence respectée dans ses décisions comme en témoignent les recrutements, les nominations et l’admissibilité à certains concours.
J’accuse le Sénégalais pour son anticonformisme aux normes et règles ; chose qui illustre son manque de citoyenneté, les queues et les feux sont respectés par peu de Sénégalais.
De ce point de vue, il urge de comprendre que le problème du Sénégal n’est pas une question de gestion étatique ou gouvernementale comme le crient beaucoup de compatriotes sur tous les toits, mais plutôt « une question de Sénégalais » qui risque de se reproduire et se perpétuer au niveau de toutes les générations à venir.
Même si tout principe qui se respecte souffre d’une exception avérée, le Sénégalais gagnerait à comprendre que le Sénégal ne sautera même pas par dessus son ombre si lui ne change pas de comportement et accepte de voir la réalité en face, car le dirigeant de demain, c’est le Sénégalais d’aujourd’hui.
Mouhidine Abdoukhadre SANOKO Chercheur en Sociologie Ugb - Saint-Louis
Source : Le Quotidien